LES 1001 VISAGES DE LA RAFALE
- Christian Autotte

- 3 mai
- 4 min de lecture
Tous les appareils peuvent faire des rafales et tous les photographes ont utilisé la rafale à un moment ou à un autre. Par contre, les photographes n’utilisent pas la rafale toujours pour les mêmes raisons.
L’utilisation classique de la rafale est pour photographier un sujet en mouvement et ainsi augmenter les chances d’obtenir une bonne image. Animaux en pleine course, oiseaux en vol, ou athlètes en action sont de bons exemples. Et le sujet n’a pas à bouger très vite pour que la rafale prouve son utilité. Pensez simplement à un chanteur qui s’agite sur scène, deux personnes engagées dans une conversation animée, un enfant qui vous regarde en faisant des grimaces…
Mais la rafale peut faire beaucoup plus.
En rafale avec des sujets en mouvement, l’idée est de capturer une image à la fraction de seconde où le sujet est dans la meilleure position pour donner l’image parfaite. Mais changeons les paramètres : le sujet est immobile et c’est le photographe qui risque de bouger et causer ce que l’on nomme un « flou de bougé ». Évidemment, tout bon photographe sait comment bien tenir son appareil, et si l’exposition tombe sous une certaine vitesse il sortira le trépied pour assurer sa stabilité. Mais que faire si l’utilisation d’un trépied est interdite, comme dans un musée ? Le truc est alors de monter l’ISO autant que faire se peut, ouvrir le diaphragme suffisamment, retenir son souffle, et tirer une courte rafale. On augmente ainsi les chances que l’une des images soit prise au moment précis où l’appareil ne monte ni ne descend, le moment entre deux battements de cœur, autrement dit, le moment où la caméra est parfaitement immobile.
Ceux qui me suivent connaissent également mon intérêt dans l’astrophotographie. Le ciel profond demande des dizaines de clichés de 10, 20, 30 secondes ou plus, que l’on empile ensuite pour accumuler la luminosité et réduire le bruit numérique. Par contre, il est des sujets astronomiques qui demandent des expositions beaucoup plus courtes. La Lune ou le Soleil (avec le filtre approprié) sont généralement photographiés avec des expositions aussi courtes que 1/125e de seconde. Le problème vient de notre atmosphère turbulente, qui déforme trop souvent l’image vue à travers le télescope. L’image obtenue manque souvent de netteté. Une des solutions qui s’offre au photographe est alors de faire plusieurs photos pour les empiler avec un logiciel approprié et ainsi contrecarrer les défauts présents dans une image unique. Mais même sans empiler plusieurs images, ce qui n’est pas toujours possible, le fait de faire une rafale offre l’option de choisir parmi une série de clichés, augmentant ainsi les chances d’en obtenir un plus net que les autres.
Pour ainsi dire tous les appareils sont dotés d’un mode rafale. Dans certains cas, comme pour mes Olympus, on peut même choisir de limiter le nombre d’images par seconde pour éviter de surcharger la carte mémoire ou risquer de saturer la mémoire tampon, ce qui stoppe temporairement la prise d’images. Personnellement, j’ai préféré régler la rafale sur le maximum offert par mon appareil, soit 14 images/seconde; pour donner un répit à la mémoire interne je n’ai qu’à faire des rafales plus courtes. Ceci dit, les cartes mémoires sont aujourd’hui assez rapides pour me permettre de faire des rafales de 50 ou 60 images dans un délai très court. Une autre astuce que j’utilise toujours dans mes rafales en astrophotographie est de passer en mode « silencieux », qui élimine complètement les risques de vibrations.
Certain pourrait être tentés de toujours laisser leur appareil en mode rafale, mais ça serait une grossière erreur. Premièrement, pensez à la quantité d’images inutiles qu’il vous faudrait effacer. Mais encore plus important, la rafale utilisée continuellement risque d’user prématurément le mécanisme de l’appareil.
À mes débuts en photographie, les rafales étaient non seulement plus lentes, mais également plus coûteuses… Les plus longues rafales étaient limitées à la bobine de film 36 poses, au coût d’une quarantaine de dollars d’aujourd’hui, en incluant le développement… Certaines choses ont changé pour le mieux…
LES PHOTOS

L’utilisation classique de la rafale: photographier les oiseaux en vol en espérant obtenir un cliché où les sujets sont non seulement nets, mais également dans une position avantageuse.
Olympus E-M1 Mark III, 300mm et 1.4x, 1/1250 à f/8.0, ISO 400

Une autre espèce d’oiseaux un peu plus rapides… les SnowBirds en spectacle.
Olympus E-M1, 300mm, 1/1600 à f/9.0, ISO 800

Elle n’est peut-être pas aussi rapide, mais dans ses belles années Lulu Hughes bougeait tellement sur scène que mes premières images montraient la moitié du visage, ou pas de visage du tout… Je me suis donc mis en mode rafale pour augmenter le nombre d’images. La loi de la moyenne a fait en sorte que je me suis retrouvé avec plusieurs clichés respectables.
Canon 20D, 100-400 à 370mm, 1/250 à f/8.0, ISO 800

La rafale n’est pas toujours pour obtenir la photo la plus nette possible. Durant un Pow-Wow, je désirais obtenir une image donnant l’impression de mouvement dans le costume de ce danseur. Une vitesse plus lente couplée à la rafale a augmenté mes chances d’obtenir le cliché idéal.
Olympus E-M1 Mark III, 40-150 à 85mm, 1/10 à f/22, ISO 100

En visite au Musée de la Nature à Ottawa, j’ai vu et photographié de magnifiques spécimens de minéraux que j’aurais bien aimé ajouter à ma collection personnelle…
Canon 7D, 17-40 à 24mm, 1/13 à f/8.0, ISO 800

J’ai photographié de nombreux fossiles dans de nombreux musées. Dans l’impossibilité d’utiliser un trépied, et les flashs étant interdits, j’ai souvent déjoué le manque de lumière avec de courtes rafales. Inévitablement, il y avait toujours au moins une image nette.
Olympus E-M1 Mark II, 12-40 à 17mm, 1/15 à f/6.3, ISO 3200

Une autre situation où la rafale peut s’avérer utile. Même si le héron était immobile, je photographiais à partir d’un kayak, une plateforme qui n’est pas connue pour sa stabilité. Ici encore, la rafale a assuré mes chances d’avoir une image nette.
Olympus E-M1 Mark III, 40-150 et 1.4x à 210mm, 1/250 à f/8.0, ISO 400

Pour photographier des taches solaires avec mon télescope de 8 pouces, j’utilise souvent la rafale en mode « silencieux » pour éliminer les risques de vibrations. En empilant ensuite les images, j’augmente la netteté du résultat final, une technique courante en astrophotographie.
Olympus E-M1 Mark III, Télescope Celestron 8 pouces, rafale de 56 images empilées avec Zerene Stacker




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