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LES AUTRES BLUETS

Tous les mois de juin, plusieurs boisés du Québec se couvrent de bleuets. Non, pas ceux que l’on mange un peu plus tard, mais plutôt une petite fleur bleue qui couvre de grandes zones dans des boisés épars ou à l’orée des bois. Son nom officiel est Houstonie bleue, mais les anglophones la nomment « bluet ». Lorsque j'habitais à Montréal, je visitais régulièrement le Parc du Mont-Tremblant, où on retrouve plusieurs endroits qui sont couverts de ces fleurs tous les printemps. Je les ai retrouvés dans le Parc du Bic, mon nouveau chez-moi.


La première fois que l’on tombe sur une telle zone fleurie, on ne peut s’empêcher que d’être ébahis par le spectacle, et le photographe ne pourra pas s’empêcher de vouloir les photographier. Et bien souvent, lorsque l’on revoit les photos le soir venu, on est déçu des résultats. C’est quelque chose qui arrive régulièrement lorsque l’on est confronté à un sujet qu’on pourrait décrire comme « trop grand » pour le photographe. On essaie d’en montrer trop dans une seule image, ce qui dilue l’effet souhaité. Il y a toutefois plusieurs solutions pour revenir avec des images qui auront de l’impact tout en montrant l’étendue du sujet. Ce qui suit est une séance de photos qui a eu lieu un mois de juin il y a déjà quelques années.

 

Le premier conseil est de multiplier les images. Il ne faut surtout pas se contenter d’un ou deux clichés et croire que l’on a cerné le sujet. Si vous êtes impressionnés par la grande surface couverte par les fleurs, commencez par faire des images au grand angle, question de placer le sujet dans son contexte (01). C’est assez bien comme image, ça montre que ces fleurs poussent par milliers dans un espace restreint, mais ça manque d’impact. Après quelques images du paysage garni d’un tapis de fleurs, pensez à vous rapprocher. On pourrait être tenté de passe directement à l’objectif macro, mais l’idée est ici de montrer à la fois plus de détails dans les fleurs, tout en montrant qu’elles sont nombreuses. On  peut encore montrer la multiplicité des fleurs avec un plan assez large (02). Cette image ne fonctionne pas très bien, partiellement à cause de l’orientation des fleurs. En changeant de position, j’ai trouvé un angle plus approprié (03), et j’ai serré un peu plus pour éliminer les zones dénuées de fleurs.


Après quelques images du tapis de fleurs, j’ai décidé de changer d’angle et de focale pour revenir au grand angle. Mais plutôt que de photographier de haut, je suis descendu plus près du sol. Les grands angles sont tous capables de faire la mise au point de très près, de sorte qu’il est tout à fait possible de faire des gros plans des fleurs tout en incorporant l’arrière-plan dans l’image (04). Ce genre d’image combine à la fois le plan rapproché et un plan large qui met les fleurs de l’avant-plan dans leur contexte. Avec un champ de fleurs il est tout à fait possible de faire en sorte que l’arrière-plan  soit constitué uniquement de fleurs qui s’étirent à l’infini. Jouez avec la profondeur de champ pour isoler l’avant-plan, ce qui donne souvent une image avec plus d’impact que de tenter de garder la totalité de l’image nette. Pendant que le trépied était aussi bas, j’en ai profité pour tenter quelques images avec l’objectif macro (05). Les deux images sont excellentes, mais raconte en quelque sorte deux variations de la même histoire.

 

En continuant mes explorations, j’ai conservé l’objectif macro pour tester divers points de vue. Un premier plan relativement large (06) photographié à la verticale me déçoit quelque peu. Le problème vient des espaces vides au pourtour des fleurs. Une autre image (07) souffre du même problème, avec en plus un manque de profondeur de champ qui laisse plusieurs fleurs trop floues pour être intéressantes. En cherchant un peu plus, j’ai finalement trouvé une zone où les fleurs étaient suffisamment rapprochées pour éliminer les zones vides (08); en fermant le diaphragme, la profondeur de champ donne également plus de netteté aux fleurs les plus éloignées.


Le plan le plus rapproché de la journée a combiné avantageusement deux caractéristiques qui ont été la source de problèmes pour certaines images précédentes (09). Ici, l’espace vide permet de mettre une seule fleur en évidence. La profondeur de champ limitée de l’ouverture réglée à f/4 contribue également à isoler cette même fleur du fond.


Mais il ne faut surtout pas oublier que ce qui démarque les Houstonie bleue c’est leur habitude de pousser en colonies nombreuses (10). Il faut simplement trouver le bon équilibre entre le gros plan et le plan plus large pour démontrer que ces fleurs ne poussent pas seules.

Ce genre de situation  se retrouve régulièrement en nature. Durant la belle saison, des champs plein de marguerites ou de pissenlits abondent partout au Québec. Tout bon photographe doit approcher de tels sujets avec l’idée de faire de multiples photos, allant du paysage à la macro, pour vraiment couvrir le sujet.

 

PHOTOS


(1) Olympus E-M1 Mark II, 12-40 à 20mm, 1/50 à f/11, ISO 400


(2) Olympus E-M1 Mark II, 12-40 à 40mm, 1/30 à f/14, ISO 400


(3) Olympus E-M1 Mark II, 60mm macro, 1/20 à f/11, ISO 200


(4) Olympus E-M1 Mark III, 12-40 à 19mm, 1/800 à f/8.0, ISO 200


(5) E-M1 Mark III, 60mm macro, 1/60 à f/9.0, ISO 100


(6) Olympus E-M1 Mark III, 60mm macro, 1/125 à f/8.0, ISO 200


(7) Olympus E-M1 Mark II, 60mm macro, 1/400 à f/2.8, ISO 320


(8) Olympus E-M1 Mark II, 60mm macro, 1/10 à f/13, ISO 200


(9) Olympus E-M1 Mark II, 60mm macro, 1/125 à f/4.0, ISO 320


(10) Olympus E-M1 Mark II, 60mm macro, 1/50 à f/9.0, ISO 320

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